A propos de l'auteur

Felix BRUNOTTE, CFA, FRM

Six années d'expériences professionnelles sur les marchés financiers, dans une salle de marché en tant qu'assistant vendeur, puis en tant qu'analyste financier/gérant de portefeuille junior dans un fonds d'investissement de plus de 150 million d'euros, et finalement analyste financier dans une entreprise indépendante de recherche action européenne. Félix a été récompensé à quatre reprises par les Starmine Awards de Thomson Reuters/Refinitiv. En outre, il était classé n°1 sur 12 entreprises sur 25 suivis et n° 1, 2 ou 3 sur 18 entreprises sur 25 suivis au 16 décembre 2019, sur une période de un an et sur une vingtaine d'analystes en moyenne.

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L’objectif de cet article est de poser un cadre pour l’analyse fondamentale de Sika à savoir quelles sont les 3 questions les plus importantes à se poser quand on réalise une analyse fondamentale sur une action. Voici un exemple d’une analyse relativement basique d’une action avec l’étude de cas de Sika (dont le site des relations investisseurs est ici). Plutôt que de se pencher uniquement sur les chiffres, je suis d’avis de d’abord prendre le temps de comprendre l’entreprise afin de pouvoir répondre à ces trois questions clés :

  1. Le business model est-il prometteur ? En d’autres termes : suis-je en mesure d’expliquer le business model (modèle d’affaire en français) avec mes propres mots et m’inspire-t-il confiance ?
  2. Est-ce que la stratégie des dirigeants offre de belles perspectives à l’entreprise ? En d’autres termes : la stratégie est-elle clairement énoncée, simple à mettre en œuvre et va-t-elle permettre d’améliorer le retour sur investissement pour les actionnaires selon moi ?
  3. La gouvernance de l’entreprise est-elle respectueuse des actionnaires minoritaires (vous et moi) ? En d’autres termes, le conseil d’administration est-il suffisamment indépendant pour protéger vos intérêts de petits porteurs (actionnaires qui détiennent peu d’actions) ?

Pas d’inquiétude si vous ne comprenez pas parfaitement bien ces trois questions. Dans chacune des trois grandes parties de cette analyse fondamentale de Sika, je vous ai rajouté des sous-questions que l’on doit se poser afin de décortiquer la question principale !

Petit suisse ? Pas tant que ça !

Pour commencer notre analyse fondamentale de Sika, rien de mieux qu’une petite présentation rapide.

Sika AG est une entreprise suisse, fondée en 1910, active dans le secteur de la chimie spécialisée. Elle fournit des produits fabriqués en majorité à partir de produits dérivés du pétrole à destination des secteurs de la construction et de l’automobile : la majorité des produits visent les domaines de l’étanchéité, du collage, de l’insonorisation, du renforcement et de la protection d’ossatures. Avec 25 000 employés, des filiales dans plus de 100 pays et plus de 300 usines, l’entreprise est loin d’être petite.

Le business model (modèle d’affaire en français) solide de Sika

L’analyse fondamentale de Sika commence par une analyse du business model. Voici quelques questions à vous poser :

Quelle est l’activité de Sika ?

L’entreprise fabrique des produits à destination des secteurs de la construction et de l’automobile, comme par exemple du mortier et des adhésifs. Les matières premières utilisées pour la fabrication de ces produits sont des dérivés du pétrole principalement.

Quels sont les canaux de vente ?

Elle vend par des canaux directs (vente directe à ses clients) et indirects (c’est-à-dire via des distributeurs).

Comment l’entreprise fait-elle connaître sa ou ses marques à ses clients ?

Plus de 900 sous-catégories de produits existent au sein de l’entreprise. L’entreprise commercialise tous les produits qu’elle fabrique sous la même marque, à savoir Sika, mais avec des noms plus long et complexes comme : Sikaflex, SikaBond, Sikament, etc…  

Comment Sika gagne de l’argent ?

Le modèle d’affaire de Sika est relativement simple. L’entreprise vend des produits à forte valeur ajoutée pour ses clients, puisque les produits de Sika permettent à ses clients de réaliser des économies. Exemple tiré du chapeau, l’adhésif Sika acheté pour 10€ par le fabriquant d’automobile XYZ permet à ce dernier de générer 500€ d’économies par voiture produite : 10€/500€ = 2%. Ainsi, le coût de l’adhésif représente une fraction des économies générées.

Ainsi, il s’agit d’un modèle d’affaire gagnant-gagnant. En outre, dans certains domaines d’activité, les produits sont fabriqués selon des formules personnalisées en fonction du pays (accès aux matières premières inégales dans le monde). Si bien qu’au final, l’entreprise détient un fort pricing power et une forte rétention de ces clients. On parle de pricing power, quand une entreprise à la capacité de monter régulièrement ses prix au fil des ans sans perdre ses clients. De même, on parle de rétention de clients pour décrire les faits que les clients restent fidèles à l’entreprise année après année.

Quels sont les meilleurs exemples de la pertinence du modèle d’affaire ?

Exemple dans le domaine du collage par adhésif dans l’industrie de la construction et de l’automobile. Avant, il fallait visser les plaques de Placo, ce qui prenait beaucoup plus de temps. En collant ces dernières, grâce au produits Sika, les constructeurs peuvent générer des économies de temps, et donc d’argent. Il en va de même pour l’industrie automobile, où le changement de paradigme de la fabrication des châssis de l’acier vers l’aluminium afin de construire des voitures plus légères et donc moins consommatrices de carburants (particulièrement vrai pour les voitures électriques comme Tesla), a nécessité de trouvé une alternative au soudage : le collage !

Autre exemple, les mortiers. Les additifs chimiques que Sika fabrique permettent de solidifier les infrastructures construites tout en utilisant beaucoup moins d’eau et de matières premières. Ces additifs permettent également de raccourcir ou de rallonger le temps de séchage en fonction de l’utilisation faite des mortiers. Au final, encore une fois, ces produits coûtent une fraction des économies réalisés en temps et en argent.

Conclusion sur le business model de Sika

Pour conclure, le business model fait partie des meilleurs que j’ai pu rencontrer dans le secteur des matériaux de construction. Depuis le jour où j’ai commencé à analyser la valeur, j’ai toujours porté pour l’entreprise et ses dirigeants, une haute estime.

La stratégie claire de Sika

Pour continuer notre analyse fondamentale de Sika, nous allons voir quelles questions nous poser concernant la stratégie.

Comment Sika génère-t-elle de la croissance ?

Une stratégie bien à Sika !

Sika a longtemps eu comme stratégie de générer une croissance forte de son activité et de sa profitabilité. Les dirigeants de l’entreprise communiquaient donc sur une stratégie simple :

  • 2/3 de la croissance doit provenir de la croissance organique (ou encore appelé croissance interne et également croissance à taux de change et périmètre constant) : il s’agit de la croissance que l’entreprise parvient à atteindre elle-même grâce à la bonne gestion de son activité/ses opérations sans « l’aide » d’entreprises nouvellement acquises, c’est-à-dire il y a moins de 12 mois. Elle est atteinte principalement en ouvrant des filiales dans des nouveaux pays et en construisant des nouvelles usines dans les pays ou l’entreprise est implantée.
  • 1/3 de la croissance doit provenir de la croissance externe. La croissance externe, c’est la croissance qui découle de l’intégration des entreprises rachetés il y a moins de 12 mois.

Au final cette stratégie de diversification des sources de la croissance était très pertinente, jusqu’à ce qu’une plus grosse entreprise, que d’habitude, soit mise en vente par ses propriétaires. Il s’agit de Parex. Sika s’est alors empressé de la racheter tout en dérivant de la stratégie initiale que je vous ai décrit précédemment. J’ai arrêté de la suivre aussi régulièrement à ce moment, puisque j’ai quitté mon emploi d’analyste financier sur action à ce moment.

Quelle est sa stratégie de développement géographique ?

L’un des grands vecteurs de croissance pour Sika est le développement des infrastructures dans les pays émergents. Les dirigeants ont toujours été prudent dans la stratégie de déploiement de leurs offres dans ces pays. La première étape consiste à servir un pays grâce aux unités de production présentes dans un pays frontalier ou proche. Puis la deuxième étape consiste à construire une usine dans le pays en question.

La suite est très intelligente, puisqu’il s’agit d’ouvrir des centres de formation pour l’utilisation des produits Sika dans les projets de construction dans un premier temps d’infrastructure, puis de construction commerciale selon les normes internationales, pour finir par la construction résidentielle. Du plus gros au plus petit en quelque sorte. Le but du centre de formation est d’éduquer la main d’œuvre local aux bénéfices de l’utilisation des produits Sika tout en les fidélisant progressivement. Une stratégie si bien pensée et si facile à mettre en œuvre que l’on se demande comment il est possible que personne n’y ait pensé avant. Le développement géographique a permis il y a peu de franchir la barre symbolique des cents pays où la présence de Sika est renforcé par une filiale locale. Un cas d’école de diversification géographique.

S’agit-il d’une entreprise locale ou globale ?

Tandis que le domaine du mortier, nécessite beaucoup de « petites usines » afin de servir plus facilement les marchés locaux, notamment car le transport au-delà de plusieurs centaines de kilomètres est très coûteux (de manière très similaire au secteur du ciment), le domaine des adhésifs nécessite de très grosses usines afin de rentrer et d’amortir les coûts le plus possible. Ainsi tandis qu’un domaine de la production est local, un autre est global ! Cela offre ainsi une forme de diversification intelligente que l’on nomme une stratégie « glocale ».

La gouvernance respectable de Sika

Pour finir l’analyse fondamentale de Sika, la gouvernance de cette entreprise est excellente. Lorsqu’une très grosse entreprise du secteur de la construction présente dans l’indice du CAC40 a cherché à acquérir le contrôle (plus de 50% des droits de votes) tout en ne payant que pour une fraction du capital (du nombre d’actions en circulation), flouant potentiellement au passage les petits porteurs, le conseil d’administration de Sika s’est dressé vent debout contre l’envahisseur français.

Au final, l’acquisition sous sa forme initiale est tombée à l’eau. Et le compromis trouvé plusieurs années plus tard était plutôt en faveur des petits porteurs de Sika. Le conseil d’administration était en effet composé majoritairement de membres qui étaient indépendants et n’ont donc fait aucun acte de complaisance à l’égard de l’actionnaire de référence historique (les héritiers du fondateur). Nous verrons dans un prochain article comment définir si les membres du conseil d’administration son indépendant ou non.

Avertissement :

  1. Ce site web est un site d’éducation financière.
  2. Les informations que vous y lisez ne sont pas des conseils d’achat ou de vente.
  3. Cet article, est une étude de cas exposant les raisons pour lesquelles il était intéressant de se positionner sur Sika il y a 5 ou 10 ans voir plus. Il ne s’agit en aucun cas d’une recommandation d’achat prospective.
  4. Souvenez-vous également que les performances passées ne sont pas un bon prédicateur des performances futures.


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Six années d'expériences professionnelles sur les marchés financiers, dans une salle de marché en tant qu'assistant vendeur, puis en tant qu'analyste financier/gérant de portefeuille junior dans un fonds d'investissement de plus de 150 million d'euros, et finalement analyste financier dans une entreprise indépendante de recherche action européenne. Félix a été récompensé à quatre reprises par les Starmine Awards de Thomson Reuters/Refinitiv. En outre, il était classé n°1 sur 12 entreprises sur 25 suivis et n° 1, 2 ou 3 sur 18 entreprises sur 25 suivis au 16 décembre 2019, sur une période de un an et sur une vingtaine d'analystes en moyenne.

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