A propos de l'auteur

Félix Brunotte, CFA, FRM

Six années d'expériences professionnelles sur les marchés financiers, dans une salle de marché en tant qu'assistant vendeur, puis en tant qu'analyste financier/gérant de portefeuille junior dans un fonds d'investissement de plus de 150 million d'euros, et finalement analyste financier dans une entreprise indépendante de recherche action européenne. Félix a été récompensé à plusieurs reprises.

Dans cet article, vous trouverez la première partie des meilleurs citations de Warren Buffett sur l’allocation du capital.

Je les ai rassemblées car elles correspondent à ma philosophie d’investissement. A travers ces citations, j’espère que vous en apprendrez beaucoup car ce sont des conseils d‘un des plus grands investisseurs au monde.

Les citations originales sont bien entendues en anglais. Pour les personnes n’ayant pas connaissance des termes techniques financiers en anglais, je les ai traduites moi-même de l’anglais vers le français. Il se peut donc que la traduction soit parfois un peu approximative.

Si vous débutez dans l’apprentissage de l’anglais financier, c’est un très bon exercice de lire dans un premier temps les citations en anglais puis de les lire dans un second temps en français.

Warren Buffet citations allocation du capital

DEFINITION DE CE QU’EST L’ALLOCATION DU CAPITAL

L’allocation de capital est un nom barbare pour un concept simple. Si vous cherchez la définition sur internet vous trouverez sans doute ceci : l’allocation du capital c’est ce que fait l’entreprise de son argent. Chez QARP investing, nous trouvons que cette définition est incomplète car il manque un élément essentiel quand on veut étudier une entreprise. Et cet élément, c’est d’où provient l’argent de l’entreprise !

Vous l’avez compris pour savoir si une entreprise est saine, pérenne et rentable, il est essentiel de comprendre d’où vient son argent et comment elle l’utilise.

L’allocation de capital d’une entreprise ce sont les choix que l’entreprise fait avec le cash qu’elle détient et qu’elle génère d’années en années. C’est donc en quelque sorte d’où vient l’argent et comment l’entreprise utilise l’argent dont elle dispose pour générer du profit. C’est donc un choix qui doit être rationnel, probabilistique et sans biais émotionnels (confer notre article sur les biais cognitifs intitulé « S’inspirer de Star Trek pour investir en actions »).

PRESENTATION DE WARREN BUFFET

Doit-on vraiment présenter Warren Buffett ? Warren Buffett est considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde avec une fortune de plus de 80 milliards de dollars (en 2019). Homme d’affaires et investisseur américain, il est surnommé l’oracle d’Omaha. Il a étudié à Columbia et a été l’un des disciples de Benjamin Graham. Sa philosophie d’investissement découle de cette expérience marquante, mais avec le temps il s’est détaché de son maître pour se consacrer à des investissements concentrés dans des entreprises sous-évaluées avec un bon potentiel de croissance à long terme : la Qualité A un Prix très Raisonnable.

Vous l’aurez compris dans les citations qui vont suivre, Warren Buffett vous donne ses meilleurs conseils pour trouver les entreprises ayant une bonne allocation du capital et ainsi vous permettre de générer une performance exceptionnelle en bourse.

WARREN BUFFETT EN 1987

La citation en anglais

[…] the heads of many companies are not skilled in capital allocation. Their inadequacy is not surprising. Most bosses rise to the top because they have excelled in an area such as marketing, production, engineering, administration or, sometimes, institutional politics.

Once they become CEOs, they face new responsibilities. They now must make capital allocation decisions, a critical job that they may have never tackled and that is not easily mastered. To stretch the point, it’s as if the final step for a highly-talented musician was not to perform at Carnegie Hall but, instead, to be named Chairman of the Federal Reserve.

The lack of skill that many CEOs have at capital allocation is no small matter: After ten years on the job, a CEO whose company annually retains earnings equal to 10% of net worth will have been responsible for the deployment of more than 60% of all the capital at work in the business. CEOs who recognize their lack of capital-allocation skills (which not all do) will often try to compensate by turning to their staffs, management consultants, or investment bankers. Charlie and I have frequently observed the consequences of such “help”. On balance, we feel it is more likely to accentuate the capital-allocation problem than to solve it. In the end, plenty of unintelligent capital allocation takes place in corporate America…

Traduction libre en français :

Les dirigeants de beaucoup d’entreprises ne sont pas compétents en allocation de capital. Leurs insuffisances n’est pas surprenante. Beaucoup de dirigeants ont gravi les échelons car ils ont excellé dans des domaines comme le marketing, la production, l’ingénierie, l’administratif, ou même, parfois, en politique institutionnelle.

Dès qu’ils deviennent PDGs, ils font face à de nouvelles responsabilités. Ils doivent désormais prendre des décisions concernant l’allocation du capital, un rôle critique, qu’ils pourraient n’avoir jamais mené et qui n’est pas facilement maîtrisable. Pour caricaturer, c’est comme si la récompense ultime d’un musicien très talentueux n’était pas de faire partie de l’Orchestre Philarmonique de Paris mais plutôt d’être nommé président de la Banque Centrale Européenne.

Le manque de talent que beaucoup de PDGs ont dans le domaine de l’allocation de capital n’est pas une mince affaire : après dix ans d’exercice, un PDG, dont l’entreprise conserve un bénéfice non redistribué représentant 10% de l’actif net[1], aura été responsable du déploiement de plus de 60% du capital en jeu dans l’entreprise. Les PDGs qui reconnaissent leur incompétence en allocation du capital (ce dont peu font preuves) vont souvent essayé de compenser en faisant appel à leurs collaborateurs, consultants ou encore banquiers d’affaires. Charlie et moi avons souvent pu observer les conséquences de telles aides. Globalement, nous pensons qu’il est plus probable que cela accentue le problème de l’allocation de capital que cela ne le résolve. En fin de compte, une profusion d’allocation de capital non intelligente est présente au sein des entreprises américaines.

Warren Buffett, 1987 annual letter to shareholders.

WARREN BUFFETT EN 1981

L’une des premières utilisations du cash de l’entreprise est l’acquisition d’autres entreprises. Warren Buffett nous met ici en garde contre la tendance générale qui consiste à vouloir grossir quitte à détruire la rentabilité.

La citation en anglais

Regardless of the impact upon immediately reportable earnings, we would rather buy 10% of Wonderful Business T at X per share than 100% of T at 2X per share. Most corporate managers prefer just the reverse, and have no shortage of stated rationales for their behavior.

However, we suspect three motivations – usually unspoken – to be, singly or in combination, the important ones in most high-premium takeovers: […] (3) Many managements apparently were overexposed in impressionable childhood years to the story in which the imprisoned handsome prince is released from a toad’s body by a kiss from a beautiful princess. Consequently, they are certain their managerial kiss will do wonders for the profitability of Company T(arget).

Such optimism is essential. Absent that rosy view, why else should the shareholders of Company A(cquisitor) want to own an interest in T(arget) at the 2X takeover cost rather than at the X market price they would pay if they made direct purchases on their own? In other words, investors can always buy toads at the going price for toads. If investors instead bankroll princesses who wish to pay double for the right to kiss the toad, those kisses had better pack some real dynamite. We’ve observed many kisses but very few miracles. Nevertheless, many managerial princesses remain serenely confident about the future potency of their kisses – even after their corporate backyards are knee-deep in unresponsive toads.

Traduction libre en français :

Peu importe l’impact immédiat sur les résultats nets publiés, nous préférons acheter 10% d’une merveilleuse entreprise T à X euros par action plutôt que 100% de l’entreprise T à 2X euros par action (au double du prix par action). La plupart des dirigeants d’entreprises préfèrent l’inverse et ne manquent pas de justifications pour expliquer leur comportement.

Cependant, nous suspectons que trois motivations, souvent inexprimées, utilisées seule ou combinées, se cachent derrière les offres de rachat d’une autre entreprise avec une prime élevée. […] (3) Beaucoup de dirigeants ont apparemment été trop exposés durant leur enfance à l’histoire du prince emprisonné dans un corps de crapaud qui est libéré par le baiser d’une magnifique  princesse. Par conséquent, ils sont certains que leurs baisers de dirigeants va faire des merveilles pour la profitabilité de l’entreprise T (qu’ils cherchent à acheter, autrement dit la Cible).

Un tel optimisme est essentiel. Sans cette vision à travers des lunettes roses, pour quelle raison les actionnaires de l’entreprises A (l’Acheteuse) devraient vouloir posséder une partie de l’entreprise T (la Cible) au double du prix au lieu de l’acheter eux-mêmes au prix du marché ? En d’autres mots, les investisseurs peuvent toujours acheter des crapauds (entreprises) au prix de marché des crapauds (entreprises). Si les investisseurs décident plutôt de financer des princesses (dirigeants) qui souhaitent payer le double pour avoir le droit d’embrasser un crapaud (entreprise), ces baisers feraient bien d’être véritablement miraculeux. Nous avons pu observer beaucoup de baisers mais peu de miracles. Cependant, beaucoup de princesses dirigeantes restent sereinement confiantes concernant le potentiel futur de leurs baisers – même lorsque l’arrière-cour de leur entreprise est remplie jusqu’aux genoux de crapauds inanimés.

Warren Buffett, 1981 annual letter to shareholders

Petite explication à destination des débutants :

Si dans le premier cas, l’entreprise A achète l’entreprise T au double du prix de marché ;

Et si à la place, l’actionnaire qui possède une part de l’entreprise A, peut acheter lui-même une part de l’entreprise T au prix du marché, alors pourquoi accepter que le dirigeant de l’entreprise A le fasse ?

Car la plupart des actionnaires croient au pouvoir du baiser magique du dirigeant pour que l’opération d’achat de l’entreprise T soit une réussite et ainsi que le dirigeant parvienne à augmenter suffisamment la profitabilité de l’entreprise T pour justifier la prime de 100% par rapport au prix que l’actionnaire seul aurait pu avoir sur le marché !

LES LECONS A EN TIRER

  • Beaucoup de dirigeants sont incompétents en allocation du capital.
  • Les conseillés (collaborateurs, consultants, banquiers d’affaires) ne sont pas les payeurs (actionnaires). Les conseils prodigués par ces derniers ont souvent un impact encore plus négatif en terme d’allocation de capital.
  • Penser que toutes les acquisitions d’entreprises font du sens est un non-sens.
  • Trop de dirigeants pensent avoir des pouvoir magique en rachat d’entreprises, rares sont ceux qui sont véritablement talentueux.

Vous trouverez ici nos trois précédents articles :

LA LEGENDE DE BAGGER VANCE : COMMENT TROUVER LES ACTIONS BAGGERS QUI DECUPLENT OU CENTUPLENT VOTRE INVESTISSEMENT ?

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S’INSPIRER DE STAR TREK POUR INVESTIR EN ACTIONS


[1] actif net = total de l’actif – total des dettes (confer un bilan d’une entreprise)

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Félix Brunotte, CFA, FRM

Six années d'expériences professionnelles sur les marchés financiers, dans une salle de marché en tant qu'assistant vendeur, puis en tant qu'analyste financier/gérant de portefeuille junior dans un fonds d'investissement de plus de 150 million d'euros, et finalement analyste financier dans une entreprise indépendante de recherche action européenne. Félix a été récompensé à plusieurs reprises.

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